La maîtresse est en colère.

Une histoire de maîtresse

Aujourd’hui, je vais vous raconter une petite histoire. Une histoire de prof. Dieu sait que vous les détestez, ces profs, hein, avouez… Toujours en vacances, toujours en weekend, à la maison à 16h et le mercredi, à passer leur journée à baby-sitter une vingtaine de mômes. En plus ils osent râler. Allez, prenez des biscuits, un thé glacé, je vais vous raconter l’histoire d’une maîtresse comme les autres.

La maîtresse, d’abord, elle passe 3 ans à faire une licence comme tout le monde (je vous ai dit que c’était une maîtresse banale), elle sèche les cours, elle boit trop de vodka, pour l’instant rien à signaler. Puis, la maîtresse entre en master d’enseignement, c’est moyen, les cours sont parfois bofbof, parfois intéressants, bref un master quoi.

Au début c’est le rêve…

Ce qui la branche vraiment, en fait, c’est les stages, où elle voit la classe, elle prend la classe, elle prépare des cours, le pied. Elle adore tellement son (futur) métier qu’elle décide de faire un an d’EAP (emploi d’avenir professeur) pour pouvoir encore plus aller en classe, puis elle va même observer dans des écoles, comme ça alors qu’on lui demande rien, parce qu’elle veut voir différentes méthodes (Freinet, Montessori), elle lit, mais elle lit, vous n’imaginez pas. La pédagogie elle adore ça, Montessori, Freinet, les ceintures, les centres, la pédagogie Nord-Canadienne, TOUT y passe. Elle a son concours sans trop de problème, puis vient l’année de rêve, une petite classe toute mignonne à trois arrêts de tram, une année de stage qui se passe très bien, elle tente des choses, elle essaye, elle rate, elle ose, elle aime, elle profite, bref ELLE KIFFE. Elle est définitivement au bon endroit. Pas de doute. 

Moi pendant mon année de PES.

Titularisée, elle est surmotivée, elle n’a qu’une hâte : avoir sa classe et commencer le job de ses rêves. Et puis BAM. La douche froide

Une histoire de points

Sachez, les amis, qu’obtenir un poste en tant que professeur des écoles n’est pas chose aisée. Il faut des points. Et des points, bah t’en a pas au début. Rien. Nada. Quedal. T’as 0,33 points. En gros, tout ce que t’aimerais avoir comme poste, tu fais une croix dessus. Tu t’éloignes de chez toi (beaucoup). Tu arrêtes de faire la difficile et tu fermes ta gueule. Vous l’avez compris, on embauche des jeunes surmotivés, qui ont envie de partager, qui sont carrément formés pile poil dans la politique actuelle (qui soit dit-en passant change comme ta voisine change de mec) (souvent quoi), pour bam les casser direct dans leur ambition en leur refilant les classes les plus pourries dont personne ne veut. Bah quoi, t’as qu’à avoir des points.

Mais faut pas s’inquiéteeeeer, un peu de patience, les premières années sont difficiles mais après ça va (dixit n’importe quel prof que tu croises)… Oui, après, quand t’as 40 ans, 3 gosses, que t’as passé 15 ans à te farcir les pires mômes des quartiers en remplacement, que de toute façon, les enfants, tu peux plus les voir en peinture, que t’as juste envie de rentrer pépère chez toi jouer à Just Dance avec ta grande. Des projets ? Des trucs à préparer ? Oh non trop marre. Oh et puis même si il te restait un poil de motivation au fond de toi, de toute façon sache mon ami(e) que tu es hasbeen (quoi c’est hasbeen de dire hasbeen ?), le programme a juste changé 8 fois depuis la dernière fois que tu l’as lu, la pédagogie Montessori, c’est fini, et tes dernières lectures c’était Gala et Cuisine Magazine de toute façon.

Hashtag je sais que j’exagère (un peu) mais je suis vénère.

Si on me laisse entrer dans le bureau du ministre de l’éducation.

Une histoire de remplaçant

Bref, je m’emballe, revenons à notre maîtresse. Elle ne fait pas exception, pour sa première année elle a eu un poste à l’intitulé inconnu à 45 minutes de chez elle. Classique. Au début elle s’est dit, « okay, c’est pour un an, il faut faire avec, peut-être que ça va être bien et que je vais découvrir plein de trucs intéressants en replacement ».

Spoiler : c’était nul. Elle a passé un an à faire des exercices de systématisation sans même retenir les prénoms des enfants (25 prénoms par jour, c’était au dessus de mes compétences). Heureusement qu’il y avait les collègues de brigade REP+ pour papoter le midi.

Le drame, les amis, c’est que l’année prochaine elle doit remettre ça, cette fois remplaçant classique (=pas de collègue sur les mêmes écoles que toi tous les jours), encore plus loin, encore plus paumé.

Si au moins on nous foutait la paix

Mais le système c’est comme ça, ah, ce fameux système. C’est tout ce qui est décris au dessus et bien plus encore. C’est décider d’une réforme qui pourrait être bien (franchement 12 élèves, qui ose se plaindre ?), mais qui le fait APRES le mouvement (quand tu choisis où tu veux travailler) pour bien foutre la merde. C’est forcer des gens à prendre des classes dont ils ne veulent pas alors que plein de gens seraient ravis d’avoir un de ces postes (spoiler bis : moi) mais c’est trop compliqué de les changer de circonscription et plus simple de prendre des gens au pif qui n’ont pas le choix. C’est nous faire chier DIRECT après les élections pour montrer qui « oui, vous avez vu, je m’occupe de l’école, le fléau de la société » , alors qu’on n’a même pas eu assez de temps pour évaluer les réformes mises en place par le précédent gouvernement (oui mais il était nul l’autre président, moi je vais faire mieux, moi moi moi). C’est jamais nous demander notre avis. C’est nous imposer une rentrée musique (what now ?) où faudra accueillir les nouveaux élèves en chantant pour qu’ils soient heureux d’aller à l’école (sérieux, QUI est heureux d’aller à l’école après deux mois de vacances ?) (Et QUI va venir à l’école le 15 août pour répéter la chorale ?).

Bref, je suis T1, et je suis blasée.

La solution, se barrer d’ici ?

Aaaaah, elle est là, ma belle solution. Depuis toujours, je rêve de voyager, et surtout d’enseigner à l’étranger. Alors qu’est ce que j’attends, au lieu de râler ? Mince, je ne vous ai pas parlé, de mes 30 dossiers (tous les mêmes), pour pratiquement toutes les écoles françaises dans tellement de pays ? J’ai oublié de mentionner que pas une ne m’a envoyé de réponse, même négative ? Ignorons-là ça ira plus vite, elle a pas juste passé des soirées entières à constituer des dossiers de 40 documents chacun. 

J’ai même tenté les écoles non référencées par l’AEFE (l’agence des écoles françaises à l’étranger). Rien à faire. Il semblerait que personne ne veuille de moi. Mais je garde le sourire, il me reste une solution

Poser une disposition et partir ?

Ah non, j’ai oublié, que pour partir voyager, il fait demander une dispo qui n’est pas de droit. En fait, ils peuvent juste dire non. Non meuf, tu restes là. T’as voulu être maîtresse, t’assumes, tu remplaces et tu fais pas chier. Et comme l’an prochain on doit dédoubler les CE1 maintenant (=on va avoir besoin de plein de profs encore), et que de toute façon mon département est plutôt déficitaire (en gros ya pas assez de postes), mes chances d’obtenir une dispo sont proches de zéro.

Bref, la maîtresse surmotivée, elle se demande dans quoi elle s’est fourrée. Hashatah je suis un pion. Hashtag le pire c’est qu’on m’avait prévenu et que j’ai rien voulu entendre.

Maintenant, s’il vous plaît, la prochaine fois que vous prenez l’apéro avec une maîtresse (oui ça prend l’apéro pour survivre), ne lui parlez pas de ses vacances. Et souvenez vous que le concours est ouvert à tout le monde, on vous attend !

A bon entendeur, 

Signé : la maîtresse (oui c’était moi la maîtresse de l’histoire, j’avoue)

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Mon plus beau voyage

Cet article a été rédigé dans le cadre d’un carnaval d’articles sur le thème « Mon plus beau voyage » proposé par Caroline du blog lemondedansmavalise.com. Pour en savoir plus sur ce qu’est un carnaval d’articles vous pouvez consulter la page ici...